Lettre ouverte : Mardochée Cibangu plaide pour la complémentarité entre Kazadi et Fwamba
LETTRE OUVERTE AUX FILS DE LA MÊME MAISON
(Pour une mise en commun des intelligences au service du peuple et de la République)
À l’attention de :
• Son Excellence Monsieur l’Ancien Ministre des Finances, Nicolas Serge KAZADI KADIMA Nzuji ;
• Et de Son Excellence Monsieur le Ministre des Finances en fonction, Doudou Roussel FWAMBA LIKUNDE LIBOTAYI
Adresse : 1, avenue Zongotolo, Kinshasa-Gombe, RDC (au sein du Centre Financier de Kinshasa).
Objet : Appel fraternel à la complémentarité des expériences dans la gestion des finances publiques et de la dette extérieure de la RDC
Excellences, Permettez-moi, avant toute autre considération, de vous adresser mes sincères félicitations et de vous témoigner toute mon appréciation pour les efforts que vous avez consentis, chacun dans l’exercice de ses responsabilités, dans la gestion des finances publiques de notre pays. Dans une période particulièrement complexe, caractérisée par des contraintes budgétaires importantes, des besoins sociaux croissants et une situation sécuritaire préoccupante dans l’Est de la République démocratique du Congo, la conduite de la politique financière de l’État constitue assurément une responsabilité lourde et exigeante. Votre engagement et votre maîtrise des questions de finances publiques, de mobilisation des ressources et de programmation budgétaire méritent d’être reconnus.
En tant que chercheur et spécialiste des questions de finances publiques et d’endettement public extérieur en République démocratique du Congo, mais également en tant que fils de la même maison politique, je me permets cependant de vous adresser cet appel qui se veut avant tout fraternel, scientifique et patriotique. I. NOUS SOMMES DES FILS DE LA MÊME VISION L’Union pour la Democratie et le Progrès Social (UDPS) porte une histoire et une vision qui dépassent les personnes et les circonstances. La philosophie du « Peuple d’abord », portée par le Sphinx de Limeté, le regretté Étienne Tshisekedi wa Mulumba, et poursuivie aujourd’hui sous le leadership de Son Excellence Monsieur Félix-Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO, Président de la République et Chef de l’État, nous impose une responsabilité particulière.
Cette responsabilité est celle de faire en sorte que l’action publique soit constantly orientée vers l’amélioration des conditions de vie de la population congolaise. C’est pourquoi je pense qu’il serait regrettable que les différences d’approches entre personnalités ayant servi ou servant au sommet de la gestion financière de l’État puissent donner naissance à des affrontements médiatiques entre personnes qui, au fond, appartiennent à la même famille politique et poursuivent ou devraient poursuivre un même objectif: servir la République et son peuple. La contradiction intellectuelle est saine. Le débat technique est nécessaire. La critique constructive est même indispensable à la bonne gouvernance. Mais lorsque le débat entre experts et responsables publics se transforme en confrontation personnelle ou politique, nous risquons de perdre de vue l’essentiel: l’intérêt supérieur de la Nation.
II. LA RDC A BESOIN DE PLUS DE RESSOURCES, MAIS SURTOUT DE MEILLEURS RÉSULTATS
Notre pays fait face à un paradoxe particulièrement important. La République démocratique du Congo (RDC) dispose d’immenses ressources naturelles et d’un potentiel économique considérable, mais les besoins de financement demeurent énormes. La croissance démographique, le déficit en infrastructures, les besoins en matière de santé et d’éducation, l’accès limité à l’électricité et à l’eau potable, l’assainissement, l’emploi des jeunes, l’agriculture, l’industrialisation et la reconstruction des zones affectées par les conflits constituent autant de défis qui nécessitent des ressources considérables. Dans ce contexte, le recours à l’endettement extérieur peut être un instrument légitime de financement du développement lorsqu’il est correctement conçu, contracté et géré. Mais la véritable question n’est pas uniquement: « Combien pouvons-nous emprunter ? » La question fondamentale devrait être : « Que faisons-nous de chaque dollar emprunté et combien de valeur économique et sociale ce dollar crée-t-il pour le peuple congolais? » Voilà, à mon humble avis, le véritable débat que nous devons avoir.
III. UN DOLLAR EMPRUNTÉ DOIT PRODUIRE PLUS QU’UN DOLLAR DE VALEUR
En matière de dette publique, l’enjeu fondamental est la qualité de l’utilisation des ressources. Un endettement destiné à financer une infrastructure productive, à accroître la capacité énergétique du pays, à moderniser les infrastructures de transport, à soutenir l’agriculture ou à renforcer le capital humain peut contribuer à accroître la capacité future de l’État à générer des revenus et à rembourser sa dette. À l’inverse, une dette destinée à financer des dépenses improductives ou insuffisamment évaluées peut rapidement devenir une contrainte pour les finances publiques. Nous devons donc passer d’une logique de mobilisation des ressources à une logique de création de valeur. Chaque emprunt devrait pouvoir répondre à plusieurs questions simples: Quel problème national cet emprunt permet-il de résoudre ? Quel projet précis sera financé ? Quel sera son rendement économique et social ? Combien d’emplois permettra-t-il de créer? Quelle sera son incidence sur les recettes publiques? Quelle sera sa contribution à la réduction de la pauvreté ? Quel sera son coût réel pour les générations futures ? Comment les citoyens pourront-ils suivre l’utilisation des fonds ? Si nous sommes capables de répondre à ces questions avec rigueur, nous transformons l’endettement en levier de développement. Dans le cas contraire, nous risquons de transformer une solution temporaire de financement en problème structurel.
IV. LA DETTE PUBLIQUE EST AUSSI UNE QUESTION DE JUSTICE ENTRE LES GÉNÉRATIONS
La dette contractée aujourd’hui sera, directement ou indirectement, supportée demain. C’est pourquoi l’endettement public ne doit pas être uniquement considéré sous l’angle comptable. Il doit également être appréhendé sous l’angle de la justice intergénérationnelle. Nos enfants et petits-enfants ne devraient pas hériter uniquement des obligations financières contractées aujourd’hui. Ils doivent également hériter des infrastructures, des écoles, des hôpitaux, des routes, des centrales électriques, des industries et du capital humain créés grâce à ces ressources. Autrement dit : Si nous transmettons une dette, nous devons également transmettre les actifs et les capacités économiques permettant de la rembourser. C’est là que réside toute la différence entre une dette de développement et un endettement qui fragilise durablement les finances publiques.
V. ÉVITONS LE PIÈGE D’UNE DETTE MAL UTILISÉE
La littérature économique et juridique internationale a développé, dans certains contextes historiques, la notion de « dette odieuse ». Sans utiliser cette notion de manière abusive ni assimiler automatiquement tout endettement public à une dette odieuse, nous devons néanmoins en retenir une préoccupation fondamentale: la dette publique doit être contractée et utilisée dans l’intérêt de la Nation et de sa population. La meilleure manière de prévenir les dérives est donc de renforcer : La transparence; La traçabilité; La responsabilité; Le contrôle parlementaire; L’audit; L’évaluation préalable des projets; Le suivi de l’exécution; Et l’évaluation des résultats. La crédibilité financière de la RDC sur les marchés internationaux dépendra autant de sa capacité à mobiliser des ressources que de sa capacité à démontrer qu’elle les utilise efficacement.
VI. EXCELLENCES, METTONS NOS EXPÉRIENCES EN COMMUN
C’est ici que se situe le cœur de mon message. Vous avez chacun une expérience différente de la gestion des finances publiques. L’un a assumé la responsabilité hier. L’autre l’assume aujourd’hui. Plutôt que de considérer ces expériences comme concurrentes, pourquoi ne pas les considérer comme complémentaires ? L’ancien ministre peut apporter la mémoire institutionnelle, le recul et l’expérience des décisions prises dans un contexte donné. Le ministre en fonction dispose de l’expérience du présent, des contraintes actuelles et des défis auxquels l’État est confronté aujourd’hui. La RDC gagnerait énormément à voir ces deux expériences dialoguer plutôt qu’à les voir s’affronter. La grandeur politique ne consiste pas toujours à démontrer que l’autre a tort. Elle consiste parfois à reconnaître que l’autre peut détenir une partie de la solution.
VII. NE LAISSONS PAS LES BATAILLES MÉDIATIQUES ÉCLIPSER L’ESSENTIEL
Notre peuple n’attend pas de ses dirigeants une compétition permanente de déclarations. Il attend des résultats. Il veut des routes. Il veut de l’électricité. Il veut des écoles. Il veut des soins de santé accessibles. Il veut des emplois. Il veut de l’eau potable. Il veut des villes propres. Il veut la sécurité. Il veut surtout sentir que les ressources publiques sont utilisées pour améliorer concrètement son quotidien. C’est pourquoi les divergences entre responsables publics devraient idéalement être transformées en débats techniques, institutionnels et constructifs, plutôt qu’en batailles médiatiques. Car au bout du compte, lorsqu’une famille politique se divise publiquement, ce n’est pas seulement une personne qui est exposée. C’est toute la maison qui est regardée. Et lorsque la maison est au pouvoir, c’est aussi l’image de l’État et de la République qui est concernée.
VIII. MON HUMBLE CONSEIL
Excellences, Mon propos n’est ni de donner des leçons à ceux qui ont la lourde responsabilité de gérer les finances publiques, ni de prendre position pour l’un ou pour l’autre. Mon propos est celui d’un chercheur qui observe, analyse et réfléchit à l’avenir économique de son pays. Je vous invite donc humblement à faire de vos différences d’approches une richesse, de vos expériences une complémentarité et de vos connaissances un patrimoine collectif au service de la République. Mettons nos idées ensemble. Mettons nos expériences ensemble. Mettons nos intelligences ensemble. Et surtout, mettons-les au service du peuple. Car au-delà des fonctions ministérielles, des responsabilités politiques et des débats du moment, nous resterons tous comptables devant l’histoire de ce que nous aurons contribué à construire pour la République Démocratique du Congo.
CONCLUSION: QUE LE PEUPLE SE RETROUVE DANS NOTRE ACTION
Le slogan « Peuple d’abord » ne devrait pas rester uniquement une référence politique ou historique. Il doit devenir une véritable méthode de gestion publique. Si nous empruntons, que le peuple en voie les résultats. Si nous augmentons le budget, que le peuple en ressente les effets. Si nous mobilisons davantage de recettes, que celles-ci se traduisent par davantage de services publics. Si nous contractons une dette, que cette dette contribue à construire une économie capable de créer suffisamment de richesses pour la rembourser. C’est ainsi que nous honorerons véritablement l’héritage du Sphinx de Limeté et la vision portée aujourd’hui par le Président de la République.
Excellences, vous êtes des fils de la même maison. La République a besoin de votre expérience. Le parti a besoin de votre unité. Et le peuple a besoin de vos résultats. Ne laissons donc pas nos différences nous éloigner de l’essentiel. Faisons plutôt de nos différences une source d’intelligence collective pour construire une RDC financièrement souveraine, économiquement forte et socialement juste. Que le Peuple se retrouve dans notre action. Que la République bénéficie de notre expertise. Et que notre maison politique soit honorée par les résultats que nous laisserons à la Nation.
Avec mes sentiments fraternels, scientifiques et patriotiques.
Mardochée CIBANGU-NKUBA
Chercheur et spécialiste des finances publiques et de l’endettement public extérieur en RDC-Cadre du Parti.
Email: marckuba2000@gmail.com


