Kasaï Central : le parquet dément l’instauration des jetons pour le paiement des amendes et cautions à Dibaya
Une séance d’échange stratégique a réuni, vendredi 15 mai 2026, les magistrats du ressort du Tribunal de grande instance de Tshimbulu et plusieurs composantes de la société civile autour des rumeurs faisant état de l’instauration d’un « système de jetons » au parquet près le Tribunal de paix de Dibaya, situé à Tshidimba.
Organisée dans l’enceinte du parquet de grande instance de Tshimbulu, cette rencontre visait principalement à clarifier les informations relayées au sein de la population concernant le paiement présumé de jetons pour les amendes ou cautions judiciaires.
Prenant la parole au cours des échanges, le procureur Jean Mikobi Kuminga a indiqué que cette réunion avait pour objectif de vérifier la véracité des accusations relayées dans l’opinion publique.
« Des rumeurs circulent dans la société selon lesquelles le parquet aurait instauré un système de jetons pour faire payer les amendes ou les cautions. Nous avons voulu échanger avec la société civile afin de savoir si ces informations étaient fondées. Après discussions, nous avons constaté qu’il s’agit de simples rumeurs », a-t-il déclaré.
Le magistrat a toutefois rappelé que la propagation de faux bruits constitue une infraction punissable par la loi. Il a précisé que les montants exigés dans certaines procédures judiciaires reposent sur un arrêté interministériel fixant les amendes transactionnelles et les cautions.
Selon lui, cette réglementation prévoit des montants variant entre 100 et 1 000 dollars américains.
« Cette loi s’impose à nous tous. Notre rôle est de l’appliquer et celui de la population est de s’y conformer. Si un magistrat exige plus de 1 000 dollars, il commet une infraction », a expliqué le procureur, reconnaissant néanmoins les difficultés économiques auxquelles fait face la population locale.
Au cours de la rencontre, la question des pratiques observées dans les cachots a également été abordée. Des plaintes ont été formulées contre certains policiers de garde accusés d’exiger de l’argent avant d’autoriser l’accès à la nourriture destinée aux détenus.
Le procureur a fermement condamné cette pratique, qu’il qualifie d’illégale.
« Donner de la nourriture à un détenu est un droit gratuit. Les policiers affectés à cette tâche sont déjà rémunérés par l’État. Exiger de l’argent aux familles qui apportent de la nourriture est une entorse grave », a-t-il dénoncé, avant de mettre en garde les auteurs de tels actes contre d’éventuelles poursuites.
Autre sujet au cœur des discussions : l’intervention de certains policiers ne disposant pas de la qualité d’Officier de police judiciaire (OPJ), mais qui procèdent néanmoins à des arrestations et à l’instruction de dossiers judiciaires.
Le procureur Jean Mikobi Kuminga a condamné cette pratique, invitant la population à ne s’adresser qu’aux agents habilités.
« Tout policier n’est pas automatiquement OPJ. La population doit saisir les services compétents afin d’éviter les abus », a-t-il insisté.
Réagissant au terme de la rencontre, Jonas Tshilumbayi Kalonji, coordonnateur de l’ASBL CDH, une organisation de défense des droits humains et de lutte contre les antivaleurs, a salué l’initiative des magistrats et appelé la population à privilégier les dénonciations fondées sur des preuves.
« Il faut dénoncer les faits réels avec des éléments concrets et éviter les fausses accusations. Les pratiques illégales dénoncées au cachot ont été condamnées par le procureur, tout comme les policiers qui agissent sans qualité d’OPJ », a-t-il déclaré.
Il a également rappelé que les personnes en détention conservent leurs droits fondamentaux, notamment celui de se nourrir et de recevoir une assistance de leurs proches.
Cette réunion de grande envergure, organisée au parquet de grande instance de Tshimbulu, a permis aux magistrats et à la société civile de renforcer le dialogue autour du fonctionnement de la justice dans le territoire de Dibaya.
Boniface Mputu depuis Dibaya.


