VBG au Kasaï Central : Plus de 3 000 cas déjà enregistrés en 2025, les organisations femmes tirent la sonnette d’alarme
Les organisations féminines de Kananga ont lancé, ce mardi 25 novembre, la campagne internationale des 16 jours d’activisme pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes et des filles, sous le thème : « Tous unis pour mettre fin à la violence numérique contre les femmes et les filles ».
L’activité a débuté par une marche de sensibilisation partie du rond-point Notre Dame jusque devant le bâtiment administratif du gouvernorat, où un mémorandum a été lu et déposé auprès du gouverneur du Kasaï Central, Joseph Moïse Kambulu Nkonko.
Un mémorandum alarmant sur les VBG dans la province
Dans leur mémorandum lu par Bernadette Ngalula, les organisations féminines ont dénoncé un niveau inquiétant de violences basées sur le genre (VBG) dans la province. Elles ont rappelé que le Kasaï Central a été profondément marqué par la crise violente de 2016 à 2018, qui a opposé un chef coutumier et les forces de l’ordre avant de dégénérer en affrontements généralisés.
Ces violences avaient entraîné :
- des milliers de morts ;
- des violations graves des droits humains, notamment des violences sexuelles ;
- le déplacement massif de populations vers des zones plus sûres, y compris en Angola ;
- la destruction d’infrastructures essentielles (écoles, hôpitaux, marchés, bâtiments administratifs et lieux de culte) ;une crise alimentaire aiguë, documentée par l’UNICEF en 2018.
Depuis 2021, la province a été choisie comme zone pilote pour la mise en œuvre de l’approche Nexus, visant à renforcer la stabilisation et la reconstruction après le retrait progressif de la MONUSCO.
Selon les organisations féminines, l’accalmie sécuritaire n’a pas entraîné une baisse significative des VBG. Les données disponibles font état de :
20 000 cas en 2021,
7 099 cas en 2022,
5 139 cas en 2023,
4 841 cas en 2024,
3 130 cas au deuxième trimestre 2025.
Conflits coutumiers, viols et mariages précoces : des cas récents préoccupants
Le mémorandum cite plusieurs incidents récents, notamment dans les territoires de Dibaya, Dimbelenge, Kazumba et Demba.
En juillet 2025, dix femmes ont été enlevées, dénudées et violées dans la zone de santé de Lubondayi (territoire de Dibaya), à la suite d’un conflit foncier entre les communautés Tshiondo et Ndaya Mutombo.
Dans le territoire de Kazumba, les leaders féminines dénoncent des mariages précoces et forcés, parfois contractés avec des hommes âgés de plus de 60 ans. Certains auteurs seraient des ouvriers employés dans la réhabilitation de la route Kamuesha–Kaluebo–Kananga.
D’autres cas de viols ont été rapportés dans les territoires de Demba, Dimbelenge et dans la ville de Kananga. Les victimes sont majoritairement des mineures. Le cas le plus choquant reste celui d’un bébé de six mois violé à Dimbelenge, ayant succombé à ses blessures, son agresseur étant toujours en fuite.
Typologie des violences et défis de la prise en charge
Les données du deuxième trimestre 2025 montrent que :
65 % des cas enregistrés sont des viols ;
9 % des violences physiques ;
8 % des violences psychologiques ;
7 % des agressions sexuelles ;
6 % des mariages précoces ;
4 % des cas de déni de ressources ou services.
Les organisations saluent les efforts des partenaires offrant une prise en charge médicale, psychosociale, scolaire et socio-économique, mais estiment que les programmes d’autonomisation restent insuffisants.
Elles déplorent également l’absence de magistrats dans plusieurs territoires, une situation qui surcharge le parquet de Kananga, obligé de traiter les dossiers provenant de cinq territoires.
Engagement du gouverneur
Le gouverneur Joseph Moïse Kambulu Nkonko a félicité les organisations féminines pour leur engagement et a promis l’accompagnement du gouvernement provincial ainsi que des réponses appropriées face à la montée des violences.
Le lancement officiel de la campagne s’est tenu dans la salle du barreau de Kananga en présence des autorités politico-administratives, des partenaires et de plusieurs acteurs de la société civile.

Alain Digital Mudiandambu


