Kasai oriental : Deux ans au pouvoir, Jean Maweja est parti sans partir
Sans doute, le gouverneur Jean Maweja Muteba doit effectivement totaliser deux ans à la tête de la province ce samedi 10 avril. Mais le destin a choisi qu’il soit éjecté de son poste avant la fin de son mandat.
Ces derniers jours ont été très durs pour lui. À peine la session de mars ouverte, la question de sa destitution a été reconduite à l’ordre des matières à traiter. Sans tarder, les élus provinciaux ont appuyé sur l’accélérateur. Les choses se sont alors passées plus vite que prévu.
Le départ de Maweja
Jeudi 1 avril, 17 députés prennent part à la plénière, dont l’objectif était de procéder à la destitution du gouverneur Jean Maweja. Son absence à cette séance va beaucoup conforter les motionaires et convaincre les députés de décider de son départ.
Alors que tout était fin prêt pour la plénière, le gouverneur adresse, dans la matinée, une correspondance au bureau de l’Assemblée provinciale, demandant de la reporter. Le temps pour lui de préparer ses moyens de défense. Mais personne n’a voulu l’entendre ainsi, surtout ce sont ces élus qui ont voulu le voir partir, il y a longtemps.
L’épisode se tourne alors vite. Aux heures prévues, les députés se réunissent. Treize sur dix-sept votent pour sa démission. Un député, qui a pris part à cette plénière, lâche :
« Nous avons été habitués par n’importe quel comportement du gouverneur Jean Maweja. Comme je le dis tout à l’heure. En venant, je ne croyais pas qu’il sera avec nous. Je ne suis pas surpris. Et nous avons pris nos responsabilités en tant que représentation provinciale. Nous avons agi pour permettre à notre économie et à notre province de décoller », a déclaré cet élu de Mbujimayi.
En effet, dans la motion de défiance contre Jean Maweja, il est dénoncé l’impunité, l’incompétence, la mauvaise gestion du gouverneur de province et la protection dont jouit l’un des proches de Jean Maweja, en la personne de Kalaham. Ce dernier sermonne les députés provinciaux sur la voix des ondes à longueur des journées.
Ce pense la population ?
Le départ de Maweja continue à faire débat. «On ne sait pas s’il partira», estiment certaines personnes qui ne semblent pas tenir position dans ce qui se passe. Car, la population est un peu perdue sur la question de déchéance du gouverneur.
Si les députés provinciaux ont initié la motion de défiance contre le gouverneur, les proches de Jean Maweja la qualifie autrement. Ils s’obstinent à parler de la motion de censure. Ce qui, pour eux, ne pouvait pas amener à la destitution du gouverneur. Le ministre de l’économie qui a tenu un point de presse au lendemain de la déchéance de Jean Maweja a indiqué qu’il y avait violation de la loi. Le gouverneur lui-même parle de la procédure biaisée.
En fin de compte, Jean Maweja n’a pas encore démissionné. Ses partisans continuent de crier à sa réhabilitation. Des marches de soutien sont même organisées par ces derniers, qui veulent le voir maintenu. Pourtant, il y a encore ceux qui soutiennent la démarche de l’Assemblée provinciale. Qui gagne dans tout ça ?
Deux ans pour quel bilan?
Si Jean Maweja Muteba est officiellement parti, cela doit faire des contents parmi les organisations qui ont milité pour son départ. Des voix se sont levées pour exiger sa démission. Une campagne #Mawejadoitpartir a été organisée pour le coup. Les militants des mouvements citoyens l’ont accusé de mauvaise gestion à la tête de la province. Ils l’ont d’ailleurs qualifié « d’incompétent et d’avoir un leadership non prometteur ».
Au cours de ces deux ans, il y a eu marches, tempêtes médiatiques et plaidoyers. Aucune ligne n’avait alors bougé. Pendant son règne, les organisations s’inquiètent du fait que les travaux de grande envergure ne soient réalisés en province. Alors que dans d’autres provinces, les travaux avancent. L’eau et l’électricité constituent toujours des préoccupations partagées par les Est-Kasaiens. Face à tout ceci, la question est de savoir s’il est réellement parti.
Durant son séjour à la tête de la province, qu’il parte ou pas, qu’il soit parti ou pas, l’on mettra à son actif le plaidoyer auprès du Fonds National d’Entretien Routier (FONER) pour obtenir le financement des travaux de lutte anti-érosive. Des travaux ont été lancés sur plusieurs sites érosifs. Certains sont déjà achevés et la circulation a repris de plus belle à ces endroits. On n’en a pour preuve, le site de Hollandais, Kajiba, Tshiamba, etc. Les travaux sur d’autres sites érosifs sont en cours. Aussi faut-il le signaler, pendant ces deux ans, Jean Maweja Muteba a reversé plusieurs fois, des reliquats de la paie des anciens combattants. Un geste que le Kasaï oriental n’a pas connu avant. Dans la même logique de lutte contre le détournement des deniers publics, il a suspendu plusieurs cadres de la fonction publique qui se sont illustrés dans l’utilisation des fonds alloués aux services d’utilité publique, à leurs fins. En attendant le dénouement de son dossier à la cour constitutionnelle, Jean Maweja Muteba est parti ( parce que destitué par l’assemblée provinciale), sans partir parce que la traditionnelle sirène qui raisonne à son passage l’accompagne toujours. Sa garde aussi.
Ronsard Luabeya


